Analyse: Traditions religieuses juives

Chapitre premier: Traditions religieuses juives

Cette partie de l’analyse constitue la pièce-maîtresse du travail analytique, car, comme il est dit plus haut, la majeure partie des traditions juives est basée sur la religion juive, et les films ne font pas exception à cette règle.

Quant au « niveau » visuel, nous avons établi trois catégories cinématographiques différentes : l’action, le décor et les costumes. Chacune de ces catégories comporte des sous-catégories regroupant les éléments qui paraissent essentiels pour ces films. En effet, un regard « approfondi » sur ces quatre films permet de constater que certaines actions, à savoir des rituels et des gestes correspondants se retrouvent à plusieurs endroits. De plus, la mise en scène de ces traditions est assez particulière dans le sens que l’utilisation d’ellipses fait parfois défaut, que le temps diégétique correspond presque totalement au temps réel, ou que ces séquences sont inhabituellement longues par rapport aux autres séquences. De plus, leur place dans la narration est souvent privilégiée.

Afin de pouvoir les analyser nous avons regroupé au niveau de l’action les différents moments importants dans la vie d’un Juif, à savoir d’un côté les fêtes religieuses, comme Hosanna Rabbah ou le Sabbat hebdomadaire, et de l’autre côté les moments cruciaux tels que le mariage et la mort, et finalement les tâches quotidiennes dans la vie d’un juif, comme l’étude et la prière, le fait de toucher les mezouzas,  le lavage rituel des mains, ou encore le rituel du pain et du sel.

Pour ce qui est de la sous-partie relative au décor il a paru utile de regrouper les éléments les plus récurrents dans les films, qui donnent une « couleur juive » à la scène. Ces sous-chapitres se caractérisent par la présence de la Bible ou d’autres textes sacrés dans les plans et les objets de culte juifs.

Pour la catégorie des costumes nous avons prévu la distinction entre vêtements masculins et féminins.

Le « niveau » sonore comporte lui aussi des sous-parties : les dialogues d’un côté et la musique (intra-diégétique) de l’autre.

Les dialogues comportent des sous-groupes différents, comme les citations et les prières, la référence aux commandements juifs ou encore la terminologie spécifique donnant une coloration juive aux dialogues. Par là ils contribuent au codage du texte filmique.

A.    « NIVEAU » VISUEL

Le tableau suivant fait ressortir la répartition des différents éléments dans les quatre films, ce qui permet de se faire une première idée sur leur fréquence et l’importance que leur accordent les différents metteurs en scène.

Dibuk Yidl Tevye Grine Felder
Action Fêtes religieuses Hosanna Rabbah X
Sabbat X X
Chez le Tzaddik X
Moments spéciaux Mariage X X
dans la vie Obsèques et deuil X X
Rituels quotidiens Etudes X X X
Prières X X
Toucher la mezouza X X
Lavage des mains X X X
Rite du pain et du sel X X
Décor Bibles et textes sacrés X X X
Objets de culte X X X

I.                  Action

1.   Les fêtes religieuses

a)         La procession de Hosanna Rabbah

Au début du film Der Dibuk, à partir de la 12e minute une procession dans la synagogue célèbre Hosanna Rabbah. C’est le jour de clôture de la fête de Succot, connue aussi sous le nom de la fête des huttes.

Le réalisateur a choisi cette fête pour introduire le sujet du film, à savoir le serment des deux amis, Sender et Nissan, de marier leurs enfants avant même la naissance de ceux-ci et dans l’ignorance de leurs sexes respectifs. La séquence précédente comporte déjà des allusions: Les deux amis essaient de faire part au Tzaddik, au « rabbin » hassidique de leur décision, mais ils sont interrompus à trois reprises. La seconde fois le rabbin coupe court à toute discussion par l’affirmation que l’homme ne décide pas, ce qui implique que Dieu est le seul à décider du destin de l’homme.

En tout treize plans sont consacrés à la cérémonie de Hosanna Rabbah (plans 36-49) ; la séquence à l’intérieur de la synagogue dure au total trois minutes et demi. Cette séquence est introduite par un plan général fixe de l’intérieur de la synagogue. Au centre de l’image se tient la bimah, l’estrade élevée au centre d’une synagogue (en tout cas en l’Europe de l’Est), qui sert à la lecture des textes sacrés devant la communauté. Sur cette estrade carrée et délimitée par des colonnes aux quatre coins se trouve un pupitre spécialement conçu pour supporter les rouleaux de la Torah et les autres textes sacrés. Ici le pupitre est vide, comme d’ailleurs le reste du temple. Seuls quelques hommes se tiennent au fond à gauche de l’image. Les colonnes rythment verticalement l’image, la divisant en trois parties dont la partie centrale est la plus grande. La bande son accompagnant ce plan est une voix masculine, chantant en hébreu une prière pour la clôture de Succot. Ce plan dure presque 20 secondes.

Les plans suivants introduisent Sender et Nissan parmi d’autres Juifs, tous couverts de leurs talliths, leurs châles de prière. Chaque homme tient un lulav à la main, c’est-à-dire un bouquet composé de branches palmier et de saule, ainsi qu’un citron, l’esrog. Ces deux objets sont les symboles de Succot[2]. Les plans cadrant les hommes varient du plan rapproché au plan moyen, ce qui permet de percevoir assez bien les détails. Les hommes portent des kippas ou yamulkes (la petite cape ronde en tissu, couvrant l’arrière du crâne) ou des chapeaux sous leurs talliths. Les lulavs tenus dans les mains créent des diagonales dans les plans, les rythmant diagonalement et verticalement. Le plan 45 montre, en plan général, l’essence de la cérémonie de Hosanna Rabbah, c’est-à-dire la procession à l’intérieur de la synagogue, contournant la bimah sept fois.

Au total treize plans cadrent l’intérieur de la synagogue, mais seulement quatre parmi eux montrent le couple d’amis. L’ensemble des quatre plans dure un peu plus d’une minute et demie, alors que la séquence totale s’étend sur 3 minutes 30. A remarquer aussi que les deux amis ne parlent que dans trois des quatre plans.

Ce moment crucial de la narration, qui constitue le point de départ de l’histoire du film a donc lieu dans un contexte religieux clairement dominant. Il s’agit pratiquement d’une pause descriptive.

Il est évident que le metteur en scène a accordé une place privilégiée au lieu de tournage, au décor, au fond de l’action. Le fond religieux (la célébration de Hosanna Rabbah) pour l’acte du serment lequel tend à transgresser la loi fondamentale selon laquelle l’homme n’est pas maître de son destin souligne encore l’aspect dramatique du moment. Cependant, cette scène aurait pu être filmée dans un autre contexte, elle aurait pu faire partie par exemple de la séquence précédente. La procession dans la synagogue n’est point nécessaire pour véhiculer l’action. Le choix du cadre pour cette scène n’est donc nullement innocent. La conclusion s’impose qu’il s’agit ici d’un prétexte pour montrer une tradition religieuse juive au cinéma.

Notons que cette séquence contient également une grande « gaffe cinématographique » : le plan général de l’intérieur de la synagogue (plans 36 et 41) est dépourvu de présences humaines. La bimah est déserte, le pupitre est vide. Dans les plans 45, 47 et 49 par contre, la même bimah, quoique photographiée sous un autre angle est peuplée de monde; au moins cinq hommes se pressent, debout, autour du pupitre, le dos tourné à la caméra. Qui plus est, un grand nombre d’hommes entoure la bimah, tandis que dans les plans 36 et 41 ces personnages sont absents.

b)        Rassemblements chez le Tzaddik

Der Dibuk contient un autre élément caractéristique pour le mode de vie ashkénaze en Europe orientale, à savoir le mouvement hassidique. Ce mouvement avait été fondé au VIII° siècle par le célèbre Israël Baal Shem Tov (1700-1760), en opposition avec le Judaïsme scolaire[3], qui implique l’observation rigoureuse des commandements et l’importance de l’étude des textes sacrés. Les hassidim par contre mettent l’accent plutôt sur l’aspect émotionnel de la religion. Ces « rabbins » appelés Tzaddiks, ne sont d’ailleurs que très rarement de véritables rabbins, ayant obtenu le diplôme nécessaire pour occuper les fonctions d’un rabbin officiel[4].

Chaque Tzaddik a une « cour » et de nombreux disciples qui se rendent – parfois de très loin – au domicile du rabbin tout au long de l’année, surtout à l’occasion des grandes fêtes religieuses.

Tel est le cas dans Der Dibuk. Le film commence par une séquence chez le grand rabbin de Miropol, où ses disciples se sont réunis autour de leur Tzaddik lors de la fête de Succot (plans 5 à 49). Le plan d’ensemble no. 5 introduit le rabbin, habillé en blanc, assis au milieu d’une table rectangulaire. Ses disciples sont vêtus de noir, ce qui contraste singulièrement avec les vêtements du rabbin. Des musiciens se tiennent à gauche de la table, accompagnant de leur musique les prières des fidèles. Ceux-ci se balancent légèrement en avant et en arrière en chantonnant les prières, comme c’est la coutume. Le rabbin regarde vers le haut et écoute le chant de ses disciples.

Le plan 7 montre le rabbin, il commence à prêcher, son auditoire semble boire ses paroles.

Le Tzaddik sert à ses disciples comme conseiller. Comme il a été dit plus haut les hassidim, souvent, font de longs voyages pour voir leur Tzaddik, pour lui raconter leurs malheurs et obtenir ses conseils, pour connaître son avis sur certaines questions de la vie de tous les jours[5]. Dès son arrivée à la cour du rabbin le hassid, qu’il soit riche ou pauvre, homme ordinaire ou respecté, laisse d’abord formuler, par écrit, sa demande ou sa question par le gabai, un assistant du rabbin qui est exclusivement payé pour ce service. Ces notes sont appelés kvitl, elles doivent être rédigées exclusivement par le gabai.[6]

Une telle scène figure aussi dans Der Dibuk : après l’interruption de la cérémonie de mariage par Léa dont le corps est possédé par l’âme de Chanan, sous forme d’un dibuk. Les plans 332 à 335 montrent Sender et sa fille, accompagnés de Note et Fraide en train de se rendre, en calèche, auprès du grand rabbin de Miropol. Le plan 336 cadre en plan général l’antichambre de la maison du grand rabbin. Des gens sont assis un peu partout dans la pièce, attendant leur tour pour voir le rabbin. Michoel, l’assistant du rabbin, occupe la fonction du gabai: il est assis à une petite table, le dos tourné à la caméra, et écrit des kvitl pour les visiteurs. Par la porte du fond entrent Sender et les autres. Sender est immédiatement reconnu par Michoel qui s’empresse à faire entre cet homme honorable le plus tôt possible chez le rabbin.

Dans le même plan, un des personnages qui attendent fait allusion au rabbin de Rushkin qui aurait mené une vie royale, tellement il était riche. En effet, la plupart des Tzaddiks étaient énormément riches puisqu’on payait le rabbin pour ses conseils[7].

Mais même si sa cour n’était pas grande, chaque Tzaddik était considéré comme un saint, doté de pouvoirs magiques[8]. Der Dibuk aussi fait référence à ces « faiseurs de miracles », lorsque, vers la fin du film, Michoel encourage son vieux rabbin à continuer sa mission (plan 377). En outre, les dialogues dans ce plan insistent sur un autre élément, très important, de la tradition hassidique, à savoir la création de véritables dynasties de Tzaddiks. En effet, traditionnellement la « profession » de Tzaddik était transmise de père en fils. Les dynasties les plus célèbres de Tzaddiks sont celles qui descendent des petits-fils du grand Baal Shem Tov, ou de ceux qui avaient été ses élèves[9]. Dans le plan 377, Michoel rappelle au rabbin que lui aussi fait partie d’une de ces dynasties célèbres, que ses ancêtres ont accompli des miracles.

La renommée de sa famille donne finalement au rabbin de Miropol le courage de continuer, et le motive à agir comme son arrière-grand-père, c’est-à-dire à chasser le dibuk d’un corps innocent. La dernière séquence du film montre, à l’intérieur de la synagogue, cette procédure d’extermination du dibuk. Il est chassé du corps de Léa par le simple pouvoir magique du rabbin de Miropol. Ce pouvoir magique du Tzaddik est encore renforcé dans cette scène car il est capable, par de simples mots, d’expulser le dibuk et de l’exclure par là du peuple Israël (plans 401 s).

A noter encore que le film à plusieurs moments de la narration met en relief la place importante occupée par les Tzaddiks, même à l’époque où le film a été produit, dans la communauté des Juifs ashkénazes. Puisque certains détails (comme p. ex. la présence des kvitl) ne servent pas à faire avancer la narration, on peut parfaitement admettre qu’il s’agit là d’un élément identitaire fonctionnant à travers la reconaissance de ces détails par le public.

c)         Célébration du Sabbat

ca) Dans Der Dibuk on assiste à la cérémonie d’ouverture du Sabbat. Le premier plan cadre six chandeliers sur la table, puis élargit le champ en un travelling arrière, qui révèle Sender, debout à la tête de la table, flanqué à sa droite par sa fille et sa sœur Fraide, et à sa gauche par Chanan et Note (plan 110). Sender est vêtu d’un caftan noir et d’un shtreiml, un chapeau en forme de toque de fourrure. Il l’enlève d’ailleurs à la fin de la cérémonie (plan 112). Pendant tout le reste de la séquence sa tête est couverte uniquement d’une kippa. Il ne récite qu’une petite partie du Kiddush, la prière consacrant le Sabbat, à savoir la bénédiction du saint Sabbat. Comme il est prescrit par la tradition, il le récite en hébreu[10]. A la fin de la bénédiction, les autres lui répondent par « amen ».

Ensuite, Reb Sender boit d’une coupe en argent, qu’il présente par la suite à sa fille. Les autres personnes tiennent leurs propres gobelets argentés à la main. Cadré en plan rapproché, Note boit précipitamment du sien, puis sort du champ (plan 111). Dans le plan 120 il revient, entre dans la salle à manger en portant un large plateau où se trouve une carpe coupée en morceaux. Entre son départ et son retour, Léa et Chanan sont cadrés en plans rapprochés, se regardant dans les yeux, buvant à peine une gorgée du vin.

L’arrivée du poisson clôt cette première partie de la séquence; un volet partant d’en bas et se terminant en haut de l’image connecte deux plans quasiment identiques, à savoir un plan moyen cadrant la table avec le personnage de Sender assis au fond. Seul l’angle de prise de vue change légèrement (plans 120 et 121).

Cette ouverture du Sabbat, ou plutôt les éléments montrés correspondent pratiquement à la tradition ashkénaze telle qu’elle fut pratiquée dans le shtetl. Le film ne montre pas la tradition de l’allumage des chandelles du Sabbat, tâche réservée à la maîtresse de maison, action que constitue une coupure très nette entre le Sabbat et les autres jours de la semaine[11]. A la table, le début du Sabbat est célébré debout, les prières correspondantes sont toujours récitées par le père de famille (sauf s’il y a un invité d’honneur). Le père occupe d’ailleurs la place d’honneur à la tête de la table, il est flanqué à sa droite par sa femme et ses filles, à gauche par ses fils[12]. Le père de famille boit une gorgée de vin après avoir récité le Kiddush, et passe ensuite le gobelet à sa femme, qui, après avoir bu, le passe à son tour aux enfants. Dans Der Dibuk, Léa occupe la place de sa mère morte en couches. Sender récite le Kiddush, mais en partie seulement. Il ne récite que deux phrases de la dernière partie de cette prière, laissant de côté la partie centrale. Cette partie commence par: « Béni sois-tu, ô Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par les commandements et qui nous as fait une faveur et nous as donné ton saint Sabbat comme héritage. » Une bénédiction semblable, quoique fortement raccourcie, est récitée par Sender.

La version officielle du Kiddush se poursuit ensuite par une allusion et à l’esclavage en Egypte et à Israël en tant que peuple élu. Le Kiddush est clos par les mots: « Béni sois-tu, ô Seigneur, qui as sanctifié le jour du Sabbat. » Cette phrase est dite telle quelle par Sender dans le film[13].

Après la récitation du Kiddush, le dîner lui-même débute avec la bénédiction du pain du Sabbat, la hallah. Les hallot, les deux pains du Sabbat sont placés sur la table, couverts d’une serviette brodée. Le père de famille coupe un des deux pains en deux et distribue des tranches aux membres de la famille et aux invités. Chacun prend un bout de pain, le trempe dans du sel et prononce la bénédiction du pain. Le rituel de la hallah fait défaut dans le film.

Dans la tradition ashkénaze, la mère de famille se lève après ce rituel pour aller chercher le premier plat du menu du Sabbat, qui régulièrement consiste en du poisson. Dans Der Dibuk cependant, c’est le serviteur de Reb Sender qui va chercher le poisson. Les autres plats qui suivent d’habitude, tels p. ex. le bouillon de poulet traditionnel, ne sont pas montrés dans cette séquence.

Le volet reliant les plans 120 et 121 fait comprendre qu’un certain temps c’est écoulé. En effet, la table est nettoyée de toute trace du repas, et le rituel du lavage des mains après le repas du Sabbat est célébré. Il s’agit de verser quelques gouttes d’eau sur les mains, une tradition que dans le film seuls Sender et Chanan observent.[14].

Une autre coutume reprise dans le film est la présence d’un invité lors du dîner du Sabbat. En effet, l’invité, appelé oyrekh, fait généralement partie de ce dîner ; sans lui, le Sabbat est « incomplet ». Cela peut être un voyageur, un étudiant, au tout simplement un pauvre du shtetl[15]. Le film reprend cette tradition du Sabbat, car la présence de Chanan indique qu’il vient d’être invité par Reb Sender.

Pour la célébration du Sabbat, il faut qu’au moins deux chandeliers se trouvent sur la table, représentant les deux versions du commandement d’observer le Sabbat écrits dans la Torah, Ex 20:8, et Deut 5:12[16]. Cependant il est permis d’en mettre plusieurs. Dans quelques familles ashkénazes, il est coutume d’allumer une chandelle par personne[17]. Der Dibuk montre six chandeliers placés séparément sur la table. Or il n’y a que cinq personnes réunies autour de la table. On peut supposer que la sixième chandelle est destinée à la mère morte. Au total, cette partie de la séquence, la célébration du Sabbat dure deux minutes et huit secondes, ce qui marque son importance.

cb) Une cérémonie du Sabbat est contenue aussi dans Tevye der Milkhiker. A l’inverse de Der Dibuk ce film se borne à montrer la cérémonie de clôture du Sabbat (qui se pratique le samedi à la tombée de la nuit).

Au début de cette séquence un plan général montre Golde qui rentre à la maison (plan 192). A gauche du cadre en amorce on peut apercevoir la table; elle est couverte d’une nappe blanche, deux chandeliers sans chandelles y sont placés.

Un peu plus tard la femme se dirige vers la fenêtre et regarde dehors. Ce faisant, elle dit qu’il est temps de prier Dieu ce que par la suite elle fait, en yiddish. Dans le plan 197 Golde s’engage vers le fond de la pièce pour s’approcher d’un grand buffet. Elle prend deux bougies, les place dans les chandeliers et les allume en plan rapproché.

Lorsque Tevye rentre (plan 202) il observe qu’il faut obéir aux commandements, même dans des temps si durs faisant ainsi allusion au mariage de sa fille, Chave, avec un non-Juif. Dans le plan 206 la cérémonie de clôture du Sabbat commence véritablement. Tevye se tient debout derrière la table, en face des deux chandeliers. Sur la table se trouvent maintenant une carafe ainsi qu’un gobelet en argent. Au côté gauche on trouve Zeitel tenant une mèche brûlante à sa main. Tout à fait à droite du cadre se tient Golde. Tevye verse un peu du liquide transparent dans le gobelet. Ensuite on l’aperçoit en gros plan. Il prie en hébreu. Puis tout en priant, Tevye pose le gobelet en hors-champ et approche ensuite ses deux mains de la mèche brûlante (plan 208), comme pour se réchauffer. De nouveau en gros plan, Tevye récite la bénédiction du vin et boit une gorgée.

Au plan 210 Tevye, tout en continuant de prier, verse un peu de liquide dans sa main gauche et ensuite dans une assiette qui se trouve en hors-champ sur la table. Il prend la mèche brûlante des mains de Zeitel et allume le liquide dans l’assiette (les flammes sont visibles en bas du cadre). Ce faisant, il récite la bénédiction des épices et « touche » à plusieurs reprises le feu. A chaque fois après avoir effleuré le feu, il approche ses mains de ses yeux en faisant semblant de les toucher. Ceci se répète trois fois. Après le troisième contact, il approche ses mains de son cou comme pour le caresser. Ce geste est effectué de l’arrière du cou vers l’avant. La cinquième fois qu’il touche le feu avec sa main droite, il va du côté gauche de son cou avec cette main, et y touche ses oreilles. Sa main gauche refait, à l’inverse, le même mouvement.

Toujours en priant, Tevye s’éloigne de la table pour se diriger vers la fenêtre à gauche. les deux mains jointes. Il souhaite aux femmes une « bonne semaine », elles lui répondent par les mêmes mots.

Au total, la séquence de la clôture du Sabbat dure 7 minutes 40. La seconde partie, où nous assistons à la prière et au rituel de la clôture du Sabbat par Tevye, dure 3 minutes, elle ne comporte que 5 plans. La durée de ceux-ci est très longue, le temps diégétique correspond quasiment au temps réel nécessité par une telle cérémonie. Ce qui implique et explique l’omission totale d’ellipses.

Il est assez difficile de déterminer à quel détail près les traditions de Havdalah (Hébr.: séparation), donc la clôture du Sabbat, sont respectées dans le film. Les ouvrages consultés à ce propos contiennent des divergences sensibles.

Beaucoup d’éléments de la séquence correspondent à la réalité religieuse, telles que la récitation des prières par le père et, en cas de défaillance, par un autre homme de la maison[18]. Autre point de correspondance est le fait qu’une des filles, souvent la plus jeune, se tient à côté du père, la bougie de la Havdalah à la main, pendant qu’il effectue la cérémonie[19]. Dans Tevye der Milkhiker cette tradition est observée, car, à la place de Chave c’est Zeitel qui tient la bougie. La table sur laquelle se trouvent les deux chandeliers est recouverte d’une nappe blanche, comme c’est la coutume[20]. Le film montre aussi les objets nécessaires à la cérémonie, comme p. ex. le gobelet, la carafe de vin (ou d’autres breuvages alcoolisés), ou encore l’assiette. Un seul objet fait défaut, en tout cas il n’est pas possible de le localiser: il s’agit d’une petite boîte contenant les b’samim, des épices aromatiques. En général, ces boîtes sont très travaillées et peuvent prendre toutes sortes de formes[21]. Il paraît cependant que la boite d’épices n’est pas obligatoire pour la Havdalah[22].

Même si tous les objets nécessaires à la cérémonie sont réunis dans le film, même si la prière de la Havdalah semble avoir été récitée au complet, l’ordre des gestes rituels accompagnant la prière diffère de celui décrit dans certains ouvrages. Il est à noter dans ce contexte que les sous-titres paraissent omettre une grande partie de la prière. La différence sensible entre la longueur du texte réel et sa traduction en sous-titres permet d’avancer l’hypothèse que Tevye récite la prière en entier. La prière d’ailleurs, comme il se doit, est dite en hébreu, ce qui ne facilite pas la compréhension pour un non-Juif.

Cette prière, divisée en différentes parties incluant les trois bénédictions sur le vin, les épices et la lumière, figure dans le film telle quelle[23]. La récitation entière de la prière laisse supposer que le film n’utilise point des ellipses, mais que le temps diégétique correspond à la seconde près au temps réel.

Traditionnellement le gobelet est posé sur l’assiette et est rempli de vin jusqu’à ce qu’il déborde[24] (ou presque)[25]. Ensuite, le père pendant qu’il récite la première partie de la Havdalah tient le gobelet à la main. Dans le film, Tevye verse seulement quelques gouttes dans le gobelet ( probablement c’est de l’alcool fort), et ce n’est que dans le plan suivant (207) qu’il commence à réciter la prière. Traditionnellement encore la bénédiction du vin suit immédiatement. Dans le film cependant Tevye accomplit d’abord les gestes consécutifs normalement à la troisième bénédiction, la bénédiction de la lumière, et qui consistent à regarder les mains et les ongles à la lumière de la bougie spéciale de la Havdalah[26]. Ce n’est que dans le plan 209 que Tevye prononce la bénédiction du vin et boit une gorgée. Ce dernier geste ne correspond pas à la coutume non plus, car généralement le vin est bu après la récitation des trois bénédictions[27].

Après la bénédiction du vin suit la bénédiction des épices, ce qui est le cas dans Tevye der Milkhiker également (plan 210). Cependant, puisque la boîte des épices fait défaut dans le film, aucun geste n’accompagne cette bénédiction. Dans la tradition, la boîte est soulevée et les épices sont flairées. Tevye, par contre, prend le gobelet dans sa main droite et verse un peu de liquide dans la main gauche, puis transvase le tout dans l’assiette. Il allume ensuite le liquide (en hors champ) avec la bougie de la Havdalah, prise des mains de Zeitel. Ces gestes correspondent à la dernière partie du rituel, quoiqu’elle soit pratiquée un peu différemment: traditionnellement, la bougie spéciale est éteinte dans le vin de l’assiette. La coutume veut qu’ensuite on touche le vin pour en humecter les yeux ainsi que l’arrière-partie des oreilles[28]. Au lieu d’éteindre la bougie Tevye allume avec elle l’alcool fort qui se trouve dans l’assiette. Ensuite, il fait le geste de toucher les flammes, touche ses yeux et l’arrière-partie de ses oreilles. Le film diverge donc de la tradition sur ce point.

Autre divergence : La cérémonie de la Havdalah dans le film est précédée d’une brève prière de Golde lorsque celle-ci est encore seule à la maison, avant l’allumage des deux chandelles du Sabbat[29]. Cette prière, Dieu d’Abraham[30], est traditionnellement récitée par la maîtresse de maison, mais après la cérémonie de la Havdalah, et non pas avant.

La cérémonie est close par les mots « a gute vokh », « une bonne semaine », souhaités par le père. Les autres membres de la famille lui répondent alors par les mêmes mots[31]. Ceci est également le cas dans le film.

Résumons donc que le film consacre un temps considérable à cette cérémonie de la fermeture du Sabbat, et que le temps diégétique semble correspondre au temps réel. D’ailleurs un raccourcissement des plans n’aurait pas diminué la compréhension de la scène. Il doit par conséquent s’agir d’une pause descriptive.

La prière suit l’ordre traditionnel, tandis que les gestes accompagnant la prière ne correspondent pas tout à fait à la tradition, ne suivent pas, en tout cas, l’ordre classique. Cependant ce détail ne représente pas une grande importance vu de la longueur impressionnante de la scène. Il est clair que Maurice Schwartz à voulu s’attarder sur le rituel du Sabbat car la trame elle-même ne justifie nullement une mise en scène tellement étirée de ce moment religieux. Par conséquent la présence d’une telle scène, qui de plus est placée au centre même du film, doit servir à illustrer la religion juive et par là à renforcer l’identité juive.

2.   Les moments cruciaux dans la vie

a)         Mariage

aa) La cérémonie du mariage, si l’on y inclut les danses précédant la véritable cérémonie, est très longue dans Der Dibuk. Au début des séquences respectives il y a l’annonce que le père de la mariée va distribuer à chaque personne dix sous (plan 254). En effet, la coutume veut qu’il soit donné de l’argent aux pauvres. Il faut faire la charité, tzedakah, dans les moments de bonheur, par exemple un mariage[32].

Ensuite Sender demande à Léa d’aller au cimetière pour inviter sa mère défunte à la cérémonie. Léa s’y rend, accompagnée de sa tante Fraide (plans 256-258). En montage parallèle, nous assistons à la distribution de l’argent par Sender, pendant que sa fille s’engage dans le cimetière pour inviter Chanan au lieu de sa mère (plans 259-260).

Par la suite Sender demande à sa fille de danser avec les pauvres, puisque « c’est une bonne coutume » (plan 282). Plusieurs danses sont exécutées, sur un rythme frénétique, endiablé, surtout par des femmes visiblement pauvres et vieilles et laides. Le tout se termine par une sorte de danse macabre où Léa est entraînée par un personnage déguisé en squelette, dans lequel Léa croit reconnaître Chanan. Le tout dégage une atmosphère sinistre et lugubre en contraste voyant avec l’événement.

Deux danses supplémentaires, en montage parallèle, précèdent la cérémonie proprement dite, l’une à l’intérieur de la maison de Sender, exécutée par des femmes mariées (leurs têtes sont couvertes), l’autre sur la place, la danse des mendiants et des personnages handicapés.

A noter que les ouvrages consultés ne mentionnent aucunement une coutume ou une tradition qui consisterait à danser avant la cérémonie du mariage.

Le plan 320 où les pauvres annoncent l’arrivée du maître de cérémonies fait démarrer vraiment la cérémonie. Dans une nouvelle séquence, en plan rapproché, Léa est exhortée par le maître de cérémonies qui lui parle du mariage et de la tristesse de sa mère Chanele de ne pas pouvoir amener Léa sous la huppah, le baldaquin. Les femmes sont émues, la plupart pleurent, tandis que Léa reste calme et sereine.

La suite des événements se déroule plus ou moins dans l’ordre voulu par la tradition. Il fait nuit, les choses se passent à l’extérieur. Au milieu du plan général on aperçoit la huppah, tenue par quatre hommes. Le mari arrive par la droite, escorté par deux hommes ; il est vêtu d’un kittl, c’est-à-dire un vêtement blanc et long, et porte sur la tête un shtreiml, un chapeau en fourrure. Il s’arrête sous la huppah. Léa arrive par la gauche, conduite par deux femmes, dont Fraide. Elle contourne deux fois et demie son futur mari ; elle est précédée de Fraide qui tient une bougie à la main, et suivie d’une autre femme. Une coupe franche mène à l’action parallèle où l’on voit, en surimpression, le cimetière et Chanan qui y marche ; le contournement du mari est interrompu par là, pendant tout ce temps le chantre demande à Dieu de bénir le couple.

Léa est debout à la droite du jeune homme, ses cheveux sont couverts d’un voile blanc. Le rabbin à droite du cadre, à côté du mari, tient dans la main droite un gobelet argenté et dans la main gauche un livre. Il prononce la bénédiction du vin, se balançant en avant et en arrière. L’auditoire lui répond par « amen ». Il poursuit les bénédictions et parle des réglementations et lois concernant le mariage. Le maître de cérémonies prend le gobelet et donne à boire au mari, lui ordonnant de boire sans prononcer de bénédiction. Il répète la même procédure avec Léa. En même temps un homme tend une bague au rabbin que celui-ci scrute un moment. Il la donne ensuite au jeune homme, lui ordonnant de répéter après lui « avec cette bague… ». Le jeune homme s’exécute, puis la cérémonie finit abruptement par l’intervention de Léa, refusant son futur mari.

Le mariage dans Der Dibuk est arrangé par un Shadchen, un arrangeur de mariages. Ceci est une coutume très ancrée dans la vie des Juifs ashkénazes, ce thème est d’ailleurs à la base de plusieurs films yiddishs[33].

La cérémonie elle-même débute à l’extérieur, en plaine nuit, sous les étoiles, ce qui correspond aux us et coutumes. La raison profonde en est l’alliance entre Dieu et Abraham[34]. La huppah est tenue par quatre personnes, et parfois les gens tiennent des bougies à la main[35], ce qui est le cas dans Der Dibuk. Le mari arrive en premier, escorté par deux hommes et sa famille. Il s’arrête sous le baldaquin pour y attendre la mariée. Celle-ci arrive ensuite, également escortée. Le rabbin ou le chantre prononce la bénédiction de bienvenue[36], ce qui est aussi le cas dans le film. La mariée contourne traditionnellement sept fois son futur mari avant de s’arrêter à sa droite. Ceci est une coutume ashkénaze qui sert à construire un cercle magique afin d’évincer les mauvais esprits[37]. Le rabbin prononce la bénédiction sur le vin, et les deux parties en boivent d’un gobelet qui est ensuite cassé pour assurer la bonne chance[38]. Traditionnellement, le contrat de mariage, la ketubbah, est lu par la suite en araméen, puis en yiddish. Suit la récitation des sept bénédictions du mariage. Ces sept bénédictions, telles qu’elles figurent dans l’Encyclopedia Judaica[39], manquent dans Der Dibuk. Ne sont récitées que deux bénédictions par le rabbin, qui ne correspondent pas aux prescriptions[40], mais dont le contenu est toutefois proche du contexte du mariage. Ensuite l’homme glisse la bague sur l’index de la mariée tout en prononçant un serment. C’est ce moment qui constitue le mariage effectif des deux[41]. Ce dernier acte manque dans Der Dibuk puisque Léa repousse son futur mari.

Même la scène qui montre Léa au cimetière correspond à un certain fond de coutumes. Selon l’Encyclopedia Judaica[42], dans quelques communautés d’Europe Centrale, la tradition exige qu’une mariée orpheline visite le cimetière. L’Encyclopédie n’explique cependant pas si cette visite sert à inviter symboliquement les parents ou non.

A part quelques omissions – lecture du contrat de mariage, récitations des sept bénédictions, écrasement du verre sous les pieds du jeune marié – Der Dibuk donne une image assez fidèle de la cérémonie du mariage. On peut supposer en outre que Léa effectue véritablement les sept tours autour de son mari, car le montage en parallèle qui montre Chanan en surimpression marchant au cimetière crée une certaine ellipse, négligeant quelques moments de l’action sous la huppah. La lecture du contrat de mariage pourrait également figurer dans l’ellipse. L’écrasement du verre a lieu très souvent à la fin de la cérémonie qui ici est délibérément interrompue par Léa.

Cette mise en scène du mariage, très proche de la réalité ashkénaze, illustre une fois de plus les aspects religieux de la communauté juive. Le visionnement d’une telle scène devait permettre à un public juif de s’identifer avec cette communauté. L’utilisation d’ellipses et de l’action parallèle laisse cependant supposer que le réalisateur ne lui accorde que le temps strictement nécessaire pour pouvoir véhiculer la narration.

ab) Le film Yidl mitn Fidl comporte également une scène de mariage. Cependant la mise en scène diffère nettement de celle du Der Dibuk car la véritable cérémonie est extrêmement raccourcie et l’accent est mis sur le repas opulent et les festivités suivant cette cérémonie religieuse. Cependant cette fête ne peut pas être tout à fait considérée comme profane, d’après certains auteurs[43] elle serait classée comme seudat mitzva, une fête religieuse.

La scène est divisée en trois parties. Les deux premières parties représentent la cérémonie religieuse, tandis que la dernière montre la fête proprement dite.

Yidl mitn Fidl met en avant tout d’abord le rite de bedeken di khale, c’est-à-dire le fait de couvrir la mariée du voile. Elle est assise, vêtue de sa robe blanche, entourée d’une dizaine de femmes, dont sa mère. Du côté droit du cadre se tient le badchen, préparant verbalement la jeune femme à la cérémonie du mariage, commentant la détresse de la mariée et l’arrivée proche du marié. Le badchen est une figure clef dans le shtetl : c’est un farceur qui, alternant farce, ironie et discours, fait tout pour entretenir l’auditoire pendant le mariage. Souvent il sert aussi comme maître de cérémonies[44]. Dans le film les quatre musiciens se tiennent derrière lui pour l’accompagner musicalement. Les femmes, la mariée et Yidl sont en pleurs.

Reb Salmon Gold, le marié, appelé d’un signe de main par le badchen, entre dans le champ par la gauche (plan 356). Flanqué par deux hommes, il s’approche de sa future femme, soulève le voile blanc qui se trouve sur ses genoux, et en couvre sa tête.

La coutume selon laquelle le fiancé doit voiler lui-même sa future femme avant le mariage a son origine dans l’épisode de la Genèse, où Laban donna à son neveu Jacob sa fille aînée en mariage au lieu de Rachel, la femme aimée, à un moment où Jacob (ivre ?) n’était pas en état de remarquer la différence[45].

2° La seconde partie du mariage montre brièvement la cérémonie sous la huppah, comme c’est aussi le cas dans Der Dibuk. La huppah est tenue par quatre hommes à droite de l’entrée, plusieurs personnes dont quelques-unes tiennent des bougies à la main se pressent devant la maison, en pleine nuit. Les musiciens – à peine visibles – se trouvent à l’extrême droite du cadre. Une musique très gaie accompagne la sortie de Salmon Gold, guidé par deux serviteurs, suivi du rabbin. Celui-ci est recadré en plan italien et la caméra le suit en un panoramique gauche-droite jusqu’au moment où il se trouve sous la huppah. Il est précédé d’un homme marchant-dansant à reculons.

La musique s’arrête, la scène s’élargit à nouveau en un plan général dans l’attente de la mariée. Une voix s’adresse aux musiciens demandant qu’ils accompagnent musicalement l’arrivée de la khale, la mariée. Teibele sort de la maison, conduite par deux femmes dont sa mère et suivie par sa grand-mère. Elle s’avance jusqu’à la huppah où elle contourne le futur mari deux fois et demie, accompagnée des deux femmes, puis elle s’arrête à droite de Gold.

Un plan rapproché cadre les pieds du mari ; de son pied droit il écrase un objet enveloppé dans un mouchoir blanc, sûrement un verre. Acclamations de la foule en hors-champ : « L’khaym ! »[46] et « Mazel-Tov ! »[47]

Quant à la cérémonie religieuse le film se contente de peu d’éléments lesquels par contre représentent l’essentiel et sont un reflet fidèle de la tradition. La mariée est vêtue de blanc, et dans la cérémonie bedeken di khale le marié couvre son visage du voile. Cette séquence est cependant très courte ; normalement le marié ou un invité dans un discours développe les obligations de la femme mariée[48], ce qui fait défaut ici. Autre détail traditionnel montré par le film : la cérémonie sous la huppah. A noter cependant que dans ce contexte nombre d’éléments manquent : les sept bénédictions de mariage, le rite de la bague, la lecture du contrat de mariage. Seul l’écrasement du verre sous le pied du mari est montré, cet acte scellant le contrat de mariage. Ceci est souligné par un plan rapproché.

Suit alors dans une troisième partie la description de la fête elle-même, description très longue, très riche et colorée, mais sans aucune connotation religieuse.

Le film consacre au total 7 minutes et 22 secondes à la cérémonie et à la fête. La cérémonie proprement dite n’en occupe que 2 minutes 41 secondes, et encore y a-t-il là-dedans plusieurs plans narratifs sans rapport direct avec la cérémonie. L’accent n’est donc guère mis sur l’aspect religieux. Toutefois, l’emplacement assigné à la scène du mariage, ainsi que sa durée font ressortir que Joseph Green a accordé une grande importance à la description de cet événement car la narration est délibérément suspendue pendant un long moment.

b)         Mort et Deuil

Des scènes d’obsèques ou des moments de deuil ne sont contenues que dans deux films, Der Dibuk et Tevye der Milkhiker.

ba) Dans Der Dibuk la séquence précédant la célébration du mariage montre le cortège funèbre pour Chanan ainsi que ses obsèques au cimetière (plans 241-249 et 250-253). Cette série de plans illustre assez bien la coutume ashkénaze d’accompagner le défunt à sa dernière demeure. Pour les habitants du shtetl il est établi que le nombre de ces personnes équivaut au nombre d’anges accueillant l’âme du défunt. C’est donc une mizva très importante de faire partie du cortège[49]. Pendant ce cortège, un homme (et un seul) ne cesse de s’exclamer que « la charité protège contre la mort ». En effet une autre mizva importante veut que l’on donne quelque chose aux pauvres. Cette coutume fait partie intégrale de la vie des shtetl. Surtout à l’occasion d’obsèques il est coutume de donner des pièces aux mendiants[50]. Ceci est montré dans le film.

Au cimetière, des amis et membres de la familles se réunissent autour de la tombe. Celle-ci est recouverte de terre, dont une poignée doit provenir traditionnellement d’Israël afin que le corps repose en Terre Sainte. Après cela le membre masculin le plus proche du défunt récite le Kaddich, la prière pour les morts[51].

Dans Der Dibuk, puisque Chanan n’a pas de famille à Brinitz, un certain Henoch est prié de réciter le Kaddich pour Chanan. Il refuse, ayant peur. Meyer, un autre homme, refuse à son tour. C’est alors Sender qui avait accueilli Chanan à sa table, qui récite la prière. Cette prière est d’ailleurs effectivement le début du Kaddich[52].

Der Dibuk contient un autre moment de « mort », de nature plus symbolique toutefois. Il s’agit de la récitation du Kaddich lors de l’expulsion de l’âme de Chanan qui possédait le corps de Léa en tant que dibuk. Au moment où le Tzaddik le bannit de la communauté d’Israël la voix de Chanan demande que l’on récite pour lui le Kaddich. C’est que, selon la croyance juive est considéré comme mort pour le Judaïsme celui qui est banni ou qui a renié sa foi[53].

bb) Dans Tevye der Milkhiker une scène de deuil a lieu après la clôture du Sabbat. Tevye, sa femme et Zeitel, sa fille aînée, observent la mizva de « setzen shive »[54] pour Chave. Ils observent ainsi la période de deuil qui dure sept jours à partir de la mort. Les personnes en deuil, c’est-à-dire les membres les plus proches de la famille doivent rester à la maison, ils n’ont pas le droit de sortir, les soins corporels sont réduits au strict minimum. Il est interdit de mettre des chaussures, de faire la cuisine, de s’asseoir sur des chaises. Celles-ci sont remplacées par de petits bancs et des tabourets bas[55].

Cette tradition se retrouve dans Tevye der Milkhiker, réduite cependant à deux plans. Tevye et les deux femmes enlèvent leurs chaussures et s’assoient sur de petits bancs bas. Tevye annonce que la période de deuil ne doit pas excéder une heure, parce qu’il ne s’agit pas de pleurer un véritable mort, mais « seulement » de pleurer Chave, la m’shumad, l’apostate. Les parents juifs en effet doivent être en deuil lorsqu’un membre de la famille renie sa foi car, comme nous l’avons vu plus haut, celui-ci est considéré comme mort[56]. Dans les dialogues en yiddish, Tevye mentionne les termes setzen shive, Kaddich et Juhrzeit[57], termes explicitement reliés aux traditions consistant à pleurer le mort.

Dans le cas des deux films, la mort, les funérailles et le deuil sont réduits à des lieux et des actions « clefs », symbolisant ainsi les événements. Dans Der Dibuk les deux scènes en question peuvent être saisies même par un public non-juif, tandis Tevye der Milkikher opère à un niveau hautement codé, accessible seulement aux Juifs.

3.   Les rituels quotidiens

a)         Etudes et discussions théologiques

Trois des quatre films comportent des scènes d’étude de textes sacrés ou de discussions théologiques. Ce sont là des éléments-clefs du Judaïsme, une sorte de pilier, la base même de cette religion[58]. Pour être un « bon » Juif, il faut observer les commandements contenus dans les textes sacrés. Afin de pouvoir les observer, il faut les connaître. Pour les connaître, il faut les étudier. De plus, « étudier » est une mizva, un commandement de Dieu (Deutéronome 6:7)[59]. Selon les grands Rabbins du Moyen-Age l’étude obligatoire quotidienne devrait comporter trois parties, une de la Bible, une de la Mishna, et une du Talmud Babylonien. Naturellement il est impossible pour un Juif « ordinaire » d’obéir à une telle prescription. Dès lors d’habitude on ne récite que trois petites sections de ces trois textes, et ceci juste avant les bénédictions matinales[60].

aa) Der Dibuk comporte plusieurs de ces moments d’étude.

Tout d’abord, lors des tractations matrimoniales de Reb Sender à Klimowka on aperçoit le fiancé potentiel, dans la bibliothèque, absorbé dans la lecture (à haute voix) d’un texte en compagnie de son Rebbe, son professeur. Ce faisant ils se balancent en avant et en arrière, ce qui correspond à la façon traditionnelle de lire et d’étudier. On croit que ce balancement facilite la mémorisation. Les mots sont chantés d’une manière monotone, avec quelques intonations seulement (nign)[61].

Le Rebbe et le jeune homme sont en train de « réviser » en attendant l’interrogation prévue par Reb Sender. En effet la coutume veut que le futur beau-père interroge le khossen, c’est-à-dire le fiancé, sur ses connaissances en matière du Talmud et l’examine quant à sa capacité d’argumenter théologiquement.[62].

Une autre scène d’études se déroule dans la Beit-Midrash, la salle d’études dans la synagogue. Chanan s’y trouve, en train de discuter avec son ami, le shammes[63]. Des garçons assis aux tables sont en train d’étudier, puis commencent à chanter le cantique des cantiques du Roi Salomon. Chanan les rejoint, c’est le chant de son père. Même si l’étude n’est pas le centre de l’image ni de l’action, ces plans reconstituent de manière assez fidèle l’atmosphère studieuse dans la Beit-Midrash, si l’on se réfère à des documents photographiques contenus dans les ouvrages documentant la vie dans les shtetl[64].

Dans une troisième scène on assiste à une discussion théologique. Sender se trouve dans un groupe d’hommes réunis autour d’une grande table. Les diverses interventions (« Torah », « Mishna », « Rambam ») font penser qu’il s’agit d’un débat théologique. Le sujet proprement dit reste dans l’obscurité.

ab) Dans Grine Felder, tout au début on voit l’intérieur très sombre d’une synagogue. Derrière une rangée de lutrins deux étudiants du Talmud sont absorbés par leur lecture de textes sacrés. Tout en lisant ils balancent leur corps en avant et en arrière, de droite à gauche, le poing droit posé sur la tempe. Ils lisent, à voix haute, des textes écrits en hébreu, et les chantent (nign).

Plus tard, Levi, assis à l’unique table de la maison de Duvid-Noich, est penché sur un livre grand ouvert. Son poing droit est posé à sa tempe et il balance son corps. Il lit à voix haute et chante. A l’extérieur Rochel donne à manger aux poules ; elle entend le chant de Levi se retourne vers la fenêtre, souriante. Cette scène – Levi en train d’étudier – se retrouve, avec des variations insignifiantes, plusieurs fois dans le film.

Vers le milieu du film (plan 128) Levi et son élève Avrom-Jankov entament une discussion. Malgré le niveau plutôt naïf des questions d’Avrom-Jankov il y a un fond clairement théologique dans ce débat. Un peu plus tard Avrom-Jankov et sa sœur Tsine demandent à Levi de leur apprendre à lire et écrire. Levi s’exécute.

ac) Dans Tevye der Milkhiker, le sujet de l’étude est également traité (plan 249). A un certain moment (vers la fin du film, plan 249) Tevye explique à son petit-fils que les Juifs doivent étudier, qu’il doit savoir réciter le Kaddich pour son père. Tevye, assis à la table, lit dans un livre, il chante en hébreu et fait répéter le texte à son petit-fils. Quand, après une pause la petite-fille, assise à droite de Tevye, se met à répéter à son tour ce que Tevye vient de lire, celui-ci réagit de façon très émue mais, sur un ton amical et ferme, explique que l’étude des psaumes est réservée uniquement aux hommes. En effet, d’après la tradition juive la mizva (l’obligation) d’étudier ne concerne que les mâles.[65]

Les trois films rendent compte, par leur mise en scène, de l’importance, mais aussi de l’aspect quotidien et naturel de l’étude dans la religion juive. Tevye der Milkhiker souligne verbalement l’exclusion des femmes de ce devoir, ce qui apparaît comme un rappel à l’ordre (de la loi). Il est intéressant de noter qu’il s’agit ici d’une production américaine. Il n’est pas exclu que ce rappel ait été formulé exprès en vue de conserver certaines valeurs dans le nouveau monde.

b)         Prières

ba) Der Dibuk contient toute une série de prières, telles que le Kiddush (récité à l’occasion du Sabbat), les bénédictions lors de la cérémonie du mariage ou encore la prière récitée lors de la fête de Hosanna Rabbah[66]. Cependant le film comporte une autre scène de prière, qui est beaucoup plus touchante, car il ne s’agit pas d’une prière préformulée, figée, mais plutôt d’une prière venue du cœur, très personnelle. C’est la prière que dit Fraide dans la synagogue (plans 379-382) pour implorer Dieu et les Saintes Mères d’Israël d’avoir pitié de Léa, de ne pas la laisser mourir.

Détail intéressant : Fraide s’engage dans la partie du rez-de-chaussée de la synagogue, normalement réservée aux hommes. Les femmes sont toujours cantonnées au premier étage, en tout cas pendant le service. Dans la maison de Dieu une séparation des sexes très sévère est observée destinée à éviter des comportements « inapropriés » dans la synagogue[67].

bb) Dans Tevye on aperçoit le héros assis à la table, chaussant des lunettes, une kippa sur la tête. Il est en train de prier, en lisant à mi-voix, chantonnant (nign). Golde est allongée sur le lit, avec une petite cape blanche sur la tête. Sa fille aînée, Zeitel, se tient à côté d’elle au bord du lit, tandis que ses deux petits-enfants sont debout au pied du lit. Tevye se balance légèrement en lisant. En effet, il est coutume de prier et d’étudier la Torah lorsqu’une personne est sur le point de mourir[68].

Toujours dans la même séquence une série d’images est en surimpression avec le visage de Golde symbolisant une vision ou un rêve. Une de ces images est un plan rapproché de Tevye en train de prier, la tête couverte du tallith, et les teffilin, c’est-à-dire les phylactères attachés au front. Ses lèvres remuent, il n’y a pas de son, et il se balance en avant et en arrière. Ce plan réunit tous les accessoires essentiels pour la prière dans le Judaïsme. En effet, les teffilin font partie des commandements[69]. En montrant Tevye « habillé » avec des teffilin, le film le classe immédiatement, le désigne comme Juif très pieux, respectueux des commandements.

c)         Toucher les mezouzas

ca) Der Dibuk comporte une scène où, sur le chambranle d’une porte, on voit une mezouza (plans 165 et 167). C’est le moment où Sender s’apprête à partir pour Klimovka en compagnie de Salman et de Note. La porte se trouve à l’arrière-plan, la mezouza se remarque à peine. Une mezouza est une petite case d’environ 10 cm de long et de 1,5 cm de large. Elle est fabriquée soit de bois soit de métal et contient toujours un petit bout de parchemin où est écrit le commandement relatif aux mezouzas[70]. Dans les maisons juives il est la coutume de fixer des mezouzas aux chambranles droits des portes, n’y échappent que les entrées des salles de bains et des WC[71]. Au passer d’une porte on baise les mezouzas ou les doigts qui les ont touchées[72]. Reb Sender et Note touchent la mezouza, Reb Sender de la main droite, Note de sa main gauche. Le dernier baise ses doigts ayant touché la mezouza.

cb) Dans Tevye der Milkhiker une scène semblable peut être observée (202): en rentrant à la maison Tevye, à l’arrière-plan, touche le chambranle intérieur de la porte, à droite, puis il baise ses doigts. La mezouza ne se voit pas , le fond du champ où se trouve la porte est assez sombre ; en outre, la porte est cadrée dans un angle qui interdit de voir la mezouza.

Pour un spectateur juif le contexte est clair : le protagoniste, en rentrant à la maison, touche la mezouza.

Dans le cas des deux films, le rite de toucher la mezouza au  moment d’entrer dans la maison ou d’en sortir n’est pas mis explicitement en scène, ce que ferait p. ex. l’utilisation d’un gros plan. Au contraire, l’action se déroule au fond de l’image et est même invisible. On est alors tenté d’admettre qu’il s’agit ici d’un geste tellement naturel que les réalisateurs respectifs n’ont pas pris soin de le souligner. Cependant pour un non-Juif, ce geste reste incompréhensible, codé.

d)         Lavage rituel des mains

da) Normalement la cérémonie du lavage des mains se passe avant les repas. Une exception est faite pour le Sabbat où le lavage est pratiqué avant et après le repas[73]. Dans Der Dibuk nous assistons à un tel rituel après le repas (plans 121 s). Léa s’avance vers la table, portant un petit plateau argenté où se trouvent une coupe et une cuvette. Sous le plateau dépasse largement un tissu blanc. Tout le monde est assis. Léa s’arrête sur le côté gauche de son père, de façon à se trouver debout entre Reb Sender et Chanan. Léa présente alors le plateau à son père, celui-ci, tenant ses deux mains au-dessus du plateau, prend la coupe argentée dans sa main droite et arrose sa main gauche, puis utilise le tissu blanc en guise de serviette. Léa se tourne ensuite vers Chanan et lui présente aussi le plateau. Chanan répète les gestes de Sender, arrose deux fois sa main gauche, et sèche (en hors-champ) ses mains avec la serviette.

Cette scène dure une minute quinze. L’action toutefois est secondaire, même si Chanan est cadré en plan rapproché. L’attention se concentre sur la conversation entre Reb Sender et Chanan. Par ce fait ce rituel revêt une grande simplicité, un aspect très naturel, presque insignifiant. Aucune allusion verbale n’est faite pour introduire cette coutume, ce qui est normalement le cas dans ce film (la fête de Hosanna Rabbah est annoncée un plan avant le début de l’action, plan 35 ; le Sabbat est introduit par les dialogues dans la séquence précédente, plans 83 et 94).

db) Dans Tevye der Milkhiker, le rituel du lavage des mains avant le repas a lieu au début du film à la 13° minute ; il s’étend sur trois plans et englobe une minute entière. Par rapport à Der Dibuk la scène où Tevye et son petit-fils procèdent au lavage est plus importante. Ici aussi on peut noter le fait que l’eau utilisée est contenue dans une cruche ; jamais en effet on n’aurait le droit de se servir d’une eau venant directement d’un puits (ou d’un robinet[74]).

Contrairement au film précédent, le rituel du lavage des mains est bien mis en valeur dans Tevye der Milkhiker.

dc) Grine Felder aussi contient une scène de lavage rituel : les protagonistes masculins se lavent les mains avant de se mettre à table (plan 193 –195). Le lavage rituel est annoncé par Duvid-Noich avec les paroles: « Allons-nous laver ». L’action elle-même a lieu au fond de la pièce et remplit tous les critères requis (cruche, serviette etc.).

L’ensemble des plans concernés dure 40 secondes, mais comme l’action se passe au fond de l’image, et non point en un plan rapproché, ce film semble accorder moins d’importance à cette tradition que Tevye der Milkhiker. Il se trouve plutôt dans la lignée de Der Dibuk.

e)         Le rite du pain et du sel

Chacun des quatre films comporte une scène de repas. Les circonstances extérieures de ces repas ne sont cependant pas pareilles. Dans Der Dibuk il s’agit du dîner du Sabbat, dans Tevye der Milkhiker et dans Grine Felder d’un simple repas, dans Yidl mitn Fidl du festin de noces. Seuls les repas dans Tevye der Milkhiker et Grine Felder méritent d’être analysés puisque le spectateur y assiste au rituel du pain et du sel.

ea) Tevye der Milkhiker. Le repas a lieu au début du film, juste après le lavage rituel des mains. Tevye et ses filles et petits enfants sont attablés à une table rectangulaire couverte d’une nappe blanche devant la maison (plan 81). Tevye qui est assis à la tête de la table tient un pain à la main et en coupe une tranche, en détache un petit morceau qu’il trempe dans un petit bol. Ensuite il le mange. Les autres membres de la famille le regardent faire, en silence. Tevye marmonne très brièvement quelques mots qui ne sont  pas traduits et qui sont à peine audibles. Ce plan dure seulement 11 secondes, de plus, la caméra est assez loin de la scène.

eb) Grine Felder. Une scène assez semblable montre un repas juste après que les protagonistes masculins ont procédé au lavage rituel des mains (plan 194 ss). La nappe blanche sur la table laisserait supposer qu’il s’agit ici du dîner du Sabbat, mais aucun geste religieux subséquent ne confirme cette hypothèse. Après que les hommes se sont attablés Duvid-Noich se met à couper du pain et en distribue des tranches à ses deux fils. Levi a droit à un pain spécial. Il en coupe un morceau, et le trempe, comme les autres hommes, dans un petit récipient que Tsine a posé sur la table. Seuls les hommes mangent, tandis que les femmes font le service. Levi tient une place d’honneur pendant ce repas : Duvid-Noich interdit à ses enfants de se servir en premiers, et choisit lui-même une pomme de terre pour son hôte. De plus, Levi a droit à un bol de lait individuel (plan 205) que Golde remplit à ras bord.

L’importance de l’hôte est soulignée à l’extrême dans cette scène, car Levi a droit à un traitement spécial (bol individuel de lait, pomme de terre choisie pour lui par Duvid-Noich, etc.). En effet, la coutume et une mitzva exigent qu’on accueille l’hôte avec beaucoup de respect et d’égards[75].

Quant au trempage du pain, il s’agit dans les deux films probablement d’un bol de sel dans lequel le pain est trempé, car il est coutume de commencer chaque repas par tremper un bout de pain dans du sel et de le manger ensuite. Normalement le trempage du pain dans du sel est suivi de la bénédiction du pain[76]. Les repas paraissent assez profanes dans les deux cas, car la bénédiction fait défaut, et seule la coutume de tremper le pain y figure encore.

II. Accessoires

1.     Bibles et d’autres textes sacrés

a) Dans Tevye der Milkhiker nous assistons à deux scènes où l’attention du spectateur est attiré sur des livres, des textes sacrés. La première se passe au moment de la séance d’études avec son petit-fils : Tevye se penche sur la Bible pour lire un psaume et le faire répéter au garçon. Un peu plus tard les paysans du village arrivent pour signifier à Tevye son expulsion. L’attention du spectateur est attirée sur la Bible car Tevye, avant de signer l’acte, ferme posément et délicatement le livre. Tout ceci se passe en plan rapproché ce qui souligne encore l’importance et la gravité du moment (plans 270).

La deuxième scène nous montre Tevye debout sur un tabouret en train d’épousseter des livres pris sur le dessus du buffet (plans 295-302). Tevye identifie verbalement les différents ouvrages (textes sacrés et collections de prières) et chantonne en même temps avant de les ranger pour préparer les bagages.

Cette scène est constituée pour la plupart du temps de plans rapprochés, cadrage qui souligne l’objet, c’est-à-dire le livre et le protagoniste. Les plans créent par là une liaison étroite entre le héros et la littérature juive sacrée, ainsi qu’avec le Judaïsme en général.

b) Grine Felder montre seulement un livre tout au long du film. Il s’agit probablement d’un volume du Talmud, mais il ne nous a pas été possible de vérifier la citation et, par conséquent, le texte lui-même[77]. Au début du film (plan 5) la caméra cadre le pupitre de Levi Yitshok, où celui-ci dort, la tête posée sur le livre. Après avoir été réveillé il ramasse le livre et sort de la synagogue, l’ouvrage et un balluchon dans ses mains (plans 6 et 7).

Par la suite ce livre apparaît dans des situations d’études (plans 123,127,144 ss). On le voit encore quand, à un certain moment (plan 181) Rochel l’enlève de la table pour le ranger sur un meuble placé au fond de la pièce, à côté des deux chandeliers du Sabbat.

La fréquente présence de ce volume dans les scènes laisse supposer qu’il est destiné à attirer l’attention du spectateur.

c) Der Dibuk souligne à plusieurs reprises l’importance de livres sacrés. Ainsi les premier et dernier plans cadrent à chaque fois en plan rapproché un énorme livre (in-folio), posé sur un lutrin, à l’intérieur d’une synagogue. Le livre s’ouvre dans le premier plan, et se referme dans le dernier, de droite à gauche, correspondant à la façon de lire le hébreu et le yiddish.

Plus tard, dans la Beit-Midrash[78] un gros plan montre un livre avec des dessins magiques (plan 150). Le gros plan souligne son importance. Il s’agit probablement de la Kabbale, le livre de métaphysique juive. En tout cas nous avons trouvé dans des ouvrages traitant de la Kabbale des dessins fort semblables[79]. Chanan s’empare du livre et le cache sous son caftan. Peu avant sa mort on voit Chanan entrer dans la synagogue, se précipiter, un livre sous son bras droit, à l’Aron Kodech[80]. Il s’approche de l’armoire et se met à compter les rouleaux. Toujours dans le même plan, la caméra effectue un travelling avant pour finir par cadrer Chanan en plan rapproché. Chanan presse alors le livre contre sa poitrine. Il s’agit probablement de l’exemplaire volé auparavant dans la Beit-Midrash. Evidemment dans cette Beit-Midrash une centaine d’autres livres sont rangées dans les étagères, bien visibles (p. ex. plan 149).

Enfin, on peut remarquer l’existence de livres dans la maison du Tzaddik, sur la table et sur les étagères, que ce soit au début du film, lors de la réunion des disciples à l’occasion de Succot (plans 5 ss), ou plus tard (plan 342), quand le rabbin prend un livre dans ses mains, le baise, puis le repose sur la table, l’ayant refermé.

Contrairement aux deux autres films Der Dibuk comporte des plans qui cadrent des livres sans la présence de personnages, ce qui les valorise davantage.

2. Objets de culte

a) Der Dibuk fait apparaître plusieurs objets de culte.

Exemples : Lors de la cérémonie de l’ouverture du Sabbat (plan 129 s) six chandeliers se voient sur la table, en plan rapproché soulignant ainsi leur présence.

Dans la scène du mariage, avant la danse de Léa avec les pauvres (plan 282) on remarque au fond de l’image, à y regarder de près, une menora, le chandelier à sept branches. C’est d’ailleurs la seule fois, dans les quatre films étudiés, que ce symbole extrêmement important du Judaïsme fait partie du décor. Et pourtant la menora symbolise le chandelier du Temple[81].

L’Aron Kodech apparaît dans deux séquences : D’abord lorsque Chanan communique avec Satan (plans 224 et 225) – c’est alors un plan rapproché, et encore au moment de la prière de Fraide (plans 378 ss). L’Aron Kodech, l’arche de l’alliance est une petite armoire placée devant le mur oriental de la synagogue et où sont conservés les rouleaux de la Torah[82].

b) Dans Tevye der Milkhiker seuls les chandeliers du Sabbat apparaissent en tant qu’éléments du décor et cela dans deux séquences. La première concerne la cérémonie de la Havdalah (voir plus haut, p.54 ). La deuxième (plan 287) nous fait voir Zeitel à l’intérieur de la maison, en train de préparer le départ. Sur la table se trouvent toutes sortes d’objets de ménage dont les deux chandeliers du Sabbat. Zeitel les prend dans ses mains, les regarde, pousse un soupir, puis les emballe. Ce soupir peut évoquer la période où la mère vivait encore, car c’est toujours la femme, la mère qui allume les chandelles du Sabbat[83].

Comme dans Der Dibuk la présence de ces objets de culte est donc soulignée par la mise en scène, que ce soit par la durée des plans ou par le cadrage.

c) Dans Grine Felder quand Levi (en avant-plan) est assis à la table, en train d’étudier (plan 123) on aperçoit deux chandeliers à un bras placés sur l’armoire à l’arrière plan. Probablement il s’agit ici des chandeliers du Sabbat puisque traditionnellement le Sabbat est célébré avec deux chandeliers[84].

A un autre moment (plan 181) les mêmes chandeliers s’aperçoivent, toujours sur l’armoire. Rochel pose le livre de Levi Yitshok juste à côté (voir 1. Bible et autres textes sacrés). Ces deux chandeliers peuvent se remarquer d’ailleurs à plusieurs reprises (p. ex. plans 192, 196, 204), à savoir chaque fois que l’armoire figure dans le décor.

La présence d’objets de culte n’est donc pas mise en relief, ils font partie « naturellement » du cadre, de l’environnement.

III. Costumes

1.     Hommes

Trois des films exposent clairement le vestimentaire juif orthodoxe tel qu’il était porté en Europe Centrale et Orientale. Une partie de ce vestimentaire spécifique – qui ne concerne d’ailleurs que les hommes et non les femmes, tels que le tallith, le tallith katan ou les teffilin – a son origine en partie dans les commandements de la Torah, servant ainsi à rappeler l’alliance de Dieu avec le peuple élu.

a) Le tallith. Un des 613 commandements dans la Torah (Nombres 15:37-41) ordonne au peuple d’Israël d’attacher des tzizit, à savoir des franges aux quatre coins des vêtements. Les vêtements non-rectangulaires ne tombent pas sous le coup de cette règle. Puisque la mode vestimentaire a évolué dans le temps peu de vêtements ont effectivement quatre coins. Alors les sages (par exemple Maimondes) ont encouragé les gens à porter un vêtement spécialement conçu afin de pouvoir obéir à ce commandement. La tradition du tallith, le châle de prière, est alors née. Il s’agit d’une très grande « écharpe », généralement blanche, avec des rayures bleues. Au quatre coins du tissu sont attachés les tzizit avec un nœud spécial. Ce vêtement est seulement porté à la synagogue[85].

Der Dibuk ainsi que Tevye der Milkhiker montrent des personnages masculins couverts du tallith. Dans Der Dibuk ceci est le cas dans quelques scènes qui se déroulent à l’intérieur de la synagogue, entre autres la célébration de Hosanna Rabbah et la réunion du Tzaddik et de ses disciples en vue de juger le cas de Reb Sender et Nissan (plan 361 ss).

Tevye der Milkhiker comporte seulement un plan où un Juif a la tête couverte du châle de prière. Il s’agit de Tevye, cadré en plan rapproché. Cette scène fait partie du rêve de Golde mourante.

b) Le tallith katan est porté pendant le jour afin que la mizva des tzizit puisse être observée tout le long du jour. Il s’agit ici d’une sorte de « poncho » minuscule, c’est-à-dire d’un tissu rectangulaire ayant au milieu un trou pour la tête, couvrant la poitrine et le dos du porteur. Les tzizit sont attachés aux quatre coins[86].

Cet uniforme sert uniquement à rappeler aux Juifs qu’ils sont le peuple élu[87]. Le tallith katan est en général porté sous les chemises, en contact direct avec la peau, dépassant sous la chemise. Quelques Juifs orientaux, tels que les Yéménites, le portent au-dessus des chemises, mais en dessous des manteaux[88].

Les personnages juifs masculins de Der Dibuk, Tevye der Milkhiker et de Grine Felder sont tous vêtus de tallith katans. Quelques-uns le portent au-dessus des chemises, comme le petit-fils de Tevye ou Avrom-Jankov, dans Grine Felder. D’autres le portent sous des vestes boutonnées où seul le dépassement des tzizit trahit alors sa présence (p. ex. Chanan, Levi, Tevye). Chez d’autres encore les tzizit sont tout simplement fichés dans les poches des pantalons (p. ex. Hersh-Ber dans Grine Felder).

c) Les teffilin. Comme le tallith, les teffilin symbolisent l’alliance entre Dieu et le peuple d’Israël[89]. Les teffilin ou phylactères sont de petites boîtes noires, attachées à des rubans, des lacets en cuir et contiennent de petits rouleaux de parchemin où sont inscrits les quatre passages de la Torah[90] relatifs à la mizva des teffilin. Ces boîtes sont fixées au front et au bras gauche à l’occasion de la récitation des prières pendant la semaine[91].

Seul un des quatre films, Tevye der Milkhiker, comporte un plan où l’on peut voir des teffilin (et seulement celui de la tête). Il s’agit d’un plan rapproché de Tevye dans le contexte de la mort de Golde (voir tallith).

d) Le kittl. Dans la séquence de la « cour rabbinique », où le Tzaddik de Miropol interroge l’âme de Nissan défunt en présence d’une minyan (le quorum de 10 hommes âgés d’au moins treize ans[92]), le Tzaddik ainsi que les autres hommes sont vêtus de kittl, de longues robes blanches qui s’arrêtent à la moitié du mollet (plans 360-374). Le kittl est porté dans la communauté ashkénaze à l’occasion de certaines fêtes religieuses, et parfois le marié le porte pendant la cérémonie (c’est le cas dans Der Dibuk). D’autre part les défunts sont habillés d’un kittl. La couleur blanche du vêtement est associée à la pureté et donc à la rémission des péchés[93].

e) Les couvre-chefs. Le Judaïsme considère comme un signe de dévotion et de respect de Dieu le fait d’avoir la tête couverte. Il ne s’agit toutefois pas d’un commandement écrit dans la Torah, mais seulement d’une très ancienne tradition[94]. Par conséquent, le port d’un couvre-chef a fini par devenir le signe distinctif des Juifs.

La kippa est une calotte, petit bout de tissu rond qui couvre tout juste l’arrière-partie du crâne. Elle est portée par tous les Juifs pratiquants, même s’ils mettent en plus un chapeau. Trois des quatre films montrent des personnages portant une kippa. Dans Der Dibuk c’est Chanan qui la porte à plusieurs occasions ; lors de la célébration de Hosanna Rabbah la majeure partie des fidèles l’ont mise. Tevye la porte parfois dans Tevye der Milkhiker, la même chose vaut pour Duvid-Noich dans Grine Felder.

Le shtreiml est une toque en fourrure faisant partie du vestimentaire hassidique spécifique. Ce chapeau originaire d’Europe Orientale est porté par les rabbins et Tzaddiks[95].  Dans Der Dibuk, le Tzaddik en a la tête couverte et dans Yidl mitn Fidl c’est le rabbin qui le porte lors de la cérémonie du mariage.

f) Le caftan fait également partie du vestimentaire typiquement ashkénaze. C’est un manteau noir s’arrêtant aux genoux du porteur[96].  Quelques personnages dans Der Dibuk et dans Grine Felder ainsi que Tevye dans Tevye der Milkhiker sont habillés de ce vêtement.

Par ailleurs, Der Dibuk montre encore un aspect particulier du vestimentaire hassidique, le pantalon noir s’arrêtant aux genoux qui est porté avec des mi-bas blancs, les weisse zekelach[97]. Quelques personnages, p. ex. Chanan, sont habillés ainsi ce qui permet une identification avec le mouvement hassidique de l’Europe de l’Est.

Reste à noter que les personnages dans Yidl mitn Fidl n’utilisent aucunement le vestimentaire typiquement juif. Ils portent au contraire, même à l’occasion du mariage, des vêtements strictement « occidentaux » à savoir : queux de pie, cravates, chemises à col pointu. Reb Gold arbore même un chapeau claque. Quelques personnages ne respectent non plus l’interdiction de se raser la barbe (Lev. 19 : 27)[98], ce qui est différent dans les autres films.

Un autre attribut du juif orthodoxe sont les payes, les petites mèches non-coupées des tempes[99]. Seuls quelques personnages dans Der Dibuk (p. ex. Chanan) en ont. Dans Grine Felder, chez Levi, leur présence est seulement esquissée.

Pour résumer, trois des quatre films utilisent le vestimentaire juif orthodoxe et ashkénaze pour établir d’office, dès le début, le milieu juif des trames. Seul Yidl mitn Fidl n’emploie pas ces vêtements rituels et traditionnels, ce qui lui donne davantage un caractère profane.

2. Femmes

Le vestimentaire dans femmes par contre est peu différencié, il se distingue à peine des habits portés par les femmes non-juives. Le corps est pratiquement couvert en entier, les habits sont « chastes » : jupes longues, chemiser blanc souvent à manches bouffantes, parfois brodées (p. ex. Chave dans Tevye der Milkhiker).

Seul trait caractéristique : les têtes de femmes mariées sont toujours couvertes soit d’un foulard soit d’un sheitl, c’est-à-dire d’une perruque qui ne laisse voir aucune mèche. Cette façon de faire a son origine dans le Talmud qui interdit aux femmes mariées de faire voir leurs cheveux.[100]

B. « NIVEAU » SONORE

Sont à étudier uniquement les dialogues et la musique. La voix-off ne sera pas traitée car dans les quatre films elle fait défaut. De même le bruitage sera négligé ; de toute évidence il ne constitue pas un véhicule pour l’identité juive. A l’évidence l’identité juive est déjà mise en relief par le simple fait que les films ont été tournés en yiddish.

I.  Les dialogues

Les traditions religieuses se manifestent au niveau du dialogue sous trois formes différentes.

1-   Des citations directes de textes sacrés, tels que la Torah ou le Talmud ; des prières

2-   Des références aux commandements fondamentaux du Judaïsme.

3-   Des mots et termes spécifiques, conférant au dialogue une « coloration » spécifiquement « juive ».

Le tableau suivant permet une première approche, donne une première idée de la répartition (un « x » signifiant l’existence de l’élément concerné).

Dibuk Yidl Tevye Grine Felder
Citations et prières Citations X X X X
Noms de personnages bibliques et talmudiques X X X X
Prières X X
Références aux

commandements

X X X X
Vocabulaire spécifique Terme « juif » et variantes X X X X
Termes d’origine sacrée X X X

1.   Les citations et prières

Des citations figurent dans les quatre textes filmiques, tandis que les prières font défaut dans Yidl mitn Fidl.

a)         Citations directes

Trois films contiennent des citations directes, c’est-à-dire que des passages de textes sacrés sont incorporés dans le dialogue[101].

A chaque fois, ces citations directes (et une fois indirecte: Tevye der Milkhiker, plan 327) sont introduites par une petite phrase qui fait allusion sommairement à sa source. Par exemple: « Il est écrit », « Comme dit le texte », « Comme il est écrit dans le texte » ou encore « Les sages disent ». Dans le contexte du cinéma yiddish, qui contient beaucoup de références au Judaïsme, il est évident qu’il s’agit de citations de textes sacrés (même si nous n’avons pu vérifier toutes les citations). Cela d’autant plus que les passages en question sont d’abord citées en hébreu avec la traduction yiddish donnée par le « citeur » lui-même.

Pour ne donner que quelques exemples :[102]

  • « Mais les enfants se heurtaient dans son sein »[103] (Tevye der Milkhiker, plan 110),
  • « Va-t’en hors de ton pays vers le pays que je te montrerai » (Tevye der Milkhiker, plan 281),
  • « Honore ton père et ta mère » (Grine Felder, plan 254),
  • « Et Dieu créa l’homme à son image » (Grine Felder, plan 140)

sont de toute évidence des citations directes de la Bible[104].

Ces citations directes cherchent à souligner pour la plupart du temps les propos du personnage en question. Or parfois ces citations paraissent exagérées, un peu « voulues », pas tout à fait appropriées au contexte. (Ex. : Tevye der Milkhiker, plan 281 : Lorsque la famille doit quitter le village Tevye se réfère à l’histoire d’Abraham auquel Dieu avait ordonné de quitter son pays pour chercher la Terre Promise, situation qui manifestement ne concerne pas une expulsion).

Tevye der Milkhiker est le film qui renferme le plus de citations, au total 14. C’est le protagoniste même, Tevye, qui emploie le plus de citations (11). Cette répartition absolument inégale sert à souligner le côté pieux du laitier et sa dévotion au Judaïsme. Chave, sa fille, s’essaie une fois à cet art difficile (plan 83), mais échoue lamentablement – ce qui provoque le rire de l’auditoire. On pourrait être tenté d’interpréter cette scène par le désintérêt croissant de Chave vis-à-vis du Judaïsme.

Dans Grine Felder Levi cite un passage de la Bible dans le cadre d’une conversation avec son élève Avrom-Jankov (plan 138 et 140)[105]. Alkuneh , le voisin jaloux de Duvid-Noich sort lui aussi une citation, de la Torah cette fois-ci ; il s’agit du cinquième commandement (Ex 20:12).

Yidl mitn Fidl comporte également une citation annoncée par la tournure « Il est écrit dans les textes ». Malheureusement nous n’avons pu trouver la source de cette citation. De toute façon un tel travail de recherche théologique dépasserait le cadre d’un mémoire sur un sujet cinématographique. Pourtant il est tout à fait légitime de voir dans la tournure « Il est écrit… » et d’autres formules du même genre la tentative de conférer une authenticité au passage cité.

Le fait de citer fréquemment de la Bible et d’autres textes juifs sacrés donne aux films une certaine « coloration », un « climat » religieux. Dans ce sens, ce cinéma diffère sensiblement du cinéma « occidental » majoritaire, chrétien où le rôle de la religion est en général beaucoup moins important.

b)       Noms de personnages bibliques et talmudiques

Les dialogues comportent beaucoup de noms de personnages bibliques et talmudiques[106], exception faite de Grine Felder. Cette façon de procéder établit un certain parallélisme avec la réalité.

Ainsi le prophète Élie est mentionné trois fois dans Der Dibuk (plans 120, 322 et 377. Il est le héros le plus populaire du Judaïsme. Il est le protagoniste de beaucoup de légendes dans lesquelles il apparaît miraculeusement aux pauvres et aux personnes menacées par des antisémites[107]. Le fait de mentionner Élie pourrait alors constituer une allusion à ses apparitions miraculeuses.

L’allusion à Adam et Eve, chassés du Paradis par Dieu est évidente dans Yidl mitn Fidl: Yidl et son père viennent d’être expulsés de leur appartement (plan 44).

Dans un autre contexte, à la fin du film (plan 450) la veuve en servant du poisson à ses invités le compare à Léviathan, le monstre biblique. L’allusion concerne probablement la taille impressionnante de l’animal.

Tevye de son côté mentionne entre autres la tombe de Rachel (plan 297). Or pour les Juifs ce personnage biblique est très important, de même que sa tombe. Ce tombeau fait partie des lieux de pèlerinage en Israël.

A côté de ces personnages biblique la « personne » de Dieu, le Seigneur apparaît un peu partout dans les films.

Dans Yidl mitn Fidl, le terme « Seigneur » figure trois fois dans les dialogues (plans 44, 487, 496). Dans Der Dibuk, en dehors des prières, il est question une fois du « grand nom de Dieu, prononcé deux fois », ce qui sert à appeler Satan. Une autre fois « Dieu » est mentionné en rapport avec Satan (plans 163, 223). Tevye der Milkhiker comporte 11 fois le mot « Dieu »[108], tandis que le mot « Seigneur » fait défaut. Dans Grine Felder finalement on rencontre les deux termes « Dieu »[109] et « Seigneur »[110], ainsi que « le tout puissant » (plan 293).

Une fois de plus l’utilisation de ces expressions confère une certaine « coloration » religieuse aux films renforçant par là l’élément identitaire.

c)      Prières et études

Der Dibuk, Grine Felder et Tevye der Milkhiker comportent tous des moments de prière ainsi que d’études (lecture et mémorisation de textes sacrés).

ca) Dans Der Dibuk on peut compter 11 scènes de prière et un moment de lecture. Pour une première fois une prière est récitée dans la synagogue, au début du film (plans 36-45). Il s’agit du dernier jour de Succot, de Hosanna Rabbah. Succot, rappelons-le, est la célébration de la libération de l’esclavage en Egypte, du peuple d’Israël par Dieu. La prière dans le film ne semble pas correspondre aux prières habituellement récitées dans ce contexte. Cependant elle comporte l’exclamation « alléluia » en guise de réponse de l’auditoire, ce qui indiquerait qu’il s’agit effectivement de Hosanna Rabbah[111].

Dans Der Dibuk on assiste également à la cérémonie de l’ouverture du Sabbat (plan 110). La prière prononcée à cette occasion n’est toutefois qu’une très petite partie de la véritable prière[112].

A deux moments différents Sender récite le Kaddich[113] (plans 252, 404).

A l’exception de la prière de Fraide (plans 379-382), qui est très personnelle[114], toutes les autres prières et bénédictions suivent le schéma rigide des prières officielles juives. Elles commencent toutes par: « Sois béni, Seigneur notre Dieu… »

Après le dîner, lors du soir du Sabbat, Fraide lit un passage d’un texte sacré. Nous n’avons pas réussi à l’identifier. Cependant, elle lit le texte en yiddish, il s’agit probablement d’un livre de prières destiné aux femmes qui ne sont pas obligées d’appendre le Hébreu (Plans 129-130)[115].

cb)Tevye der Milkhiker comporte deux moments de prière ainsi qu’un moment d’études.

Les deux prières se situent au milieu du film, l’une suivant immédiatement l’autre. Il s’agit des prières concluant le Sabbat. (plans 196 et 207-210).

La première est dite par Golde et la seconde par Tevye, son mari. Les deux prières sont authentiques : Golde récite la prière Dieu d’Abraham qui correspond parfaitement à la version officielle[116]. La seconde prière, la Havdalah célèbre la cérémonie de la conclusion du Sabbat. Selon la tradition religieuse juive la Havdalah se décompose en une partie introductive composée par plusieurs passages de la Bible, une partie contenant quatre bénédictions : concernant le vin, les épices, la lumière et finalement la bénédiction séparant le sacré du profane.[117] Tevye der Milkhiker comporte la partie introductive et les trois premières bénédictions, le passage non-traduit en sous-titres de cette prière pourrait correspondre à la quatrième (plan 210).

La tradition est donc fidèlement respectée et montrée dans ce film. Qui plus est, le temps diégétique correspond tout à fait au temps réel car on n’y remarque aucune ellipse.

Même si le film ne comporte que deux moments de prière, on peut affirmer que le réalisateur Maurice Schwarz a accordé une place spéciale à la cérémonie de la fermeture du Sabbat: non seulement cette scène est située au milieu du film, mais il lui est accordé le temps réel qu’il faudrait pour exécuter cette cérémonie dans la vie réelle.

cc) Dans Grine Felder aucune prière ne peut être décelée, seulement trois séances d’étude. La première figure au début du film, lorsque les deux étudiants du Talmud lisent ensemble, à voix haute, un texte à l’intérieur de la synagogue (plan 4). Les deux autres moments d’étude sont moins significatifs dans ce contexte. Ils font partie de l’histoire (plans 123-124 et 232). Une fois de plus nous n’avons pu identifier la source de ces textes, mais il semble qu’il s’agisse à chaque fois d’une lecture du Talmud.

Les films ont donc incorporé pour la plupart du temps des prières et bénédictions officielles authentiques. Cependant elles y figurent seulement sous forme raccourcie et non en version intégrale. Rappelons qu’il s’agit de cinéma de fiction où il suffit de suggérer une action pour en véhiculer la signification. La récitation de prières et la lecture de passages de textes renforcent donc, une fois de plus, l’identité juive.

2.  Commandements

Comme nous l’avons déjà montré dans la première partie de ce mémoire, l’observation des 613 commandements contenus de façon explicite ou implicite dans la Torah, ainsi que leur interprétation dans les textes comme la Mishna ou la Gemara est d’une importance capitale pour un Juif pratiquant.

Chacun des quatre films comporte dans les dialogues des références et allusions plus ou moins explicites à ces commandements. Par exemple il est souvent question de « péché »[118], de « pécher »[119] ou de « il est interdit de »[120], « il faut que nous… »[121] ou « la loi veut que… »[122].

Dans Der Dibuk et Tevye der Milkhiker il est question de l’obligation qu’a le fils de réciter le Kaddich en cas de décès du père[123]. Le Kaddich n’est d’ailleurs pas une véritable prière pour honorer le mort, c’est plutôt une déclaration de foi[124]. Dans Der Dibuk le Kaddich (le début) est récité deux fois, et à deux reprises il est fait allusion à l’obligation mentionnée. La même chose vaut pour Tevye der Milkhiker (plans 217 et 249).

Tevye der Milkhiker fait allusion aussi au devoir de respecter le Sabbat (plan 206) et de jeûner à Yom Kippour (journée du pardon) qui est une des fêtes juives les plus importantes[125] (plan 307, 323).

Teibele dans Yidl mitn Fidl mentionne la possibilité de se suicider pour échapper à un mariage malheureux sa mère lui dit alors que ce serait là commettre un péché (plan 338).

Si l’on laisse de côté le commandement du Kiddush il est question, dans Der Dibuk, de lois et commandements à deux reprises. La première fois le shammes explique à Chanan qu’il commet un péché communiquant avec Satan (plan 194). La seconde fois Sender avoue au Tzaddik son péché qui est d’avoir rompu un serment (plan 349).

Finalement Grine Felder est le film qui comporte le plus d’allusions aux lois et commandements. Il est par exemple trois fois question du péché de se moquer d’un étranger (plans 77, 81, 87), un des commandements exigeant de respecter un étranger, de l’honorer.

Un autre commandement, mentionné aussi trois fois, interdit de marcher pieds nus (plans 184, 185, 192), cette façon de marcher étant réservé aux jours de pénitence et aux périodes de deuil.

Parmi les personnages du film c’est Levi qui utilise le plus souvent des références aux commandements. Par exemple, il reconnaît la maison de Duvid-Noich comme étant juive par le respect du commandement d’attacher des mezouzas sur les chambranles des portes (plan 80). Ou bien il mentionne qu’il s’agit d’un mépris de la loi si l’on efface un nom (plan 250). Une autre fois il apprend à Tsine qu’il est interdit de goûter aux nouveaux fruits avant la nouvelle année (plan 242). Il faut savoir que la nouvelle année juive, la fête de Rosh Hachana est célébrée en septembre. Ne pas manger des fruits nouvellement récoltés est donc possible. Levi dit également à Duvid-Noich que le Seigneur exige de l’homme les deux sortes de travaux : le travail physique et le travail intellectuel qui consiste à  etudier les textes sacrés (plan 230).

Duvid-Noich rappelle à son voisin Alkuneh que les Juifs ne se disputent pas des biens et n’envient pas les voisins (plan 187). Alkuneh, en discussion avec Levi avoue qu’un Juif ne devrait pas jaser comme il vient de le faire (plan 256). En effet un commandement interdit de dire du mal de qui que ce soit.

La présence dans les films, de manière plus ou moins prononcée, d’allusions aux commandements et lois contenus dans la Torah et interprétés par Mishna et Gemara ainsi que par les autres textes rabbiniques est un autre élément qui renforce l’identité juive.

3.  Mots et termes « juifs »

a) Terme « juif » et ses variantes

« Juif », « Juive », « nous les Juifs » ; phénomène curieux que ce genre de vocabulaire ! Car à l’exception de Tevye der Milkhiker aucun des personnages principaux dans les films n’est goï, non-juif. Il n’y aurait donc – a priori – aucun besoin de faire une claire démarcation entre celui qui est « juif », et celui qui ne l’est pas. Par conséquent on pourrait être tenté de dire que l’utilisation extrêmement récurrente de ces termes servirait à un propos dépassant le cadre des films, peut-être comme élément identitaire.

Dans Der Dibuk, il est question à trois reprises de « fille juive » ou de « mari juif »[126]. Grine Felder est le film où nous rencontrons le plus souvent ce type de vocabulaire, vingt-deux plans où au moins un de ces termes est employé[127]. Tevye der Milkhiker comporte seulement trois plans où un membre de la famille de Tevye souligne le fait qu’ils sont juifs[128]. A plusieurs reprises toutefois on peut noter l’emploi de mots ou d’expressions en étroite relation avec ce vocabulaire. Dans ces cas il s’agit d’une utilisation à connotation antisémite, qui sert à distinguer de manière négative les Juifs des non-Juifs[129]. Chose curieuse, Yidl mitn Fidl ne comporte aucune allusion verbale de ce type, que se soit pro- ou antisémite. Exception, bien sûr, le surnom « Yidl » de l’héroïne qui signifie « petit Juif ».

Dans Grine Felder, l’utilisation récurrente de ce vocabulaire donne une « coloration juive » à l’oeuvre, servant ainsi à véhiculer l’identité juive.

b)         Vocabulaire spécifique au Judaïsme

Les dialogues de chacun des films sont « truffés » de termes spécifiques au Judaïsme, comme: « Rabbin », « Torah », « Talmud », « Mishna »,  « Rideau de la Torah », « Mezouza », « Kaddich », ou encore « Bar-Mitzva ». L’utilisation d’une telle terminologie « code » l’oeuvre cinématographique, la réservant uniquement à un public juif en excluant la grande majorité des spectateurs non-Juifs, car ce langage codé limite de toute évidence la compréhension de la part d’un auditoire qui n’est pas familier avec ce vocabulaire.

Der Dibuk comporte énormément de ce vocabulaire spécifique. Pour ne citer que quelques exemples: le terme « Torah » apparaît dans les plans 305 et 367, «Talmud » dans les plans 121 et 125, « Mishna » en plan 305, et « rideau de la Torah » figure dans le plan 157. Le film fait également référence aux institutions du Judaïsme, telles que la « synagogue » (plan 377), « Beit-Midrash » (plan 135), « Bain rituel » (152 et 163), ou encore « l’école du Talmud » (plans 12 et 96).

Les trois autres films comportent également une certaine quantité de ce vocabulaire spécifique, ce qui en dernière analyse « code » le texte filmique pour un public non-juif, mal informé. Dans Yidl mitn Fidl, Isaac mentionne indirectement son âge en parlant de sa Bar-Mitzbar. Or il faut savoir que cette cérémonie réservée aux garçons est fêtée à l’âge de treize ans, célébrant l’entrée dans la vie d’adulte[130] (plan 487). Tevye der Milkhiker contient juste un plan où « la robe de Sabbat » est mentionnée (plan 307), tandis que dans Grine Felder l’emploi du terme « rabbin » est très fréquent. Ce titre est donné à l’étudiant Levi Yitshok par les paysans en signe de respect. Il fait partie intégrante des dialogues[131]. Autres mots souvent utilisés sont  « Torah »[132] ainsi que « synagogue » (plan 267), ou encore « étudiant du Talmud » (plan 144).

Le degré d’utilisation de ce vocabulaire spécifique est très différent dans le corpus analysé. Par conséquent, le codage du texte filmique est également plus ou moins prononcé, rangeant de l’extrême codage de Der Dibuk d’un côté jusqu’à l’accès facile, pour un public non-juif, de Yidl mitn Fidl de l’autre.

Il nous semble que ce vocabulaire spécifiquement « juif », par son seul emploi, renforce l’identité juive comme tous les autres éléments linguistiques relevés dans ce chapitre ; s’y ajoute, en renforçant encore le phénomène, son caractère « codé ».

c)         Référence aux fêtes juives

Dans trois des films, Der Dibuk, Tevye der Milkhiker et Grine Felder, nous rencontrons des références à des fêtes juives religieuses. Le Sabbat hebdomadaire est mentionné dans chacun de ces films, tout comme Yom Kippour, le jour de la pénitence. Der Dibuk contient en outre une référence à Hosanna Rabbah le dernier jour de la fête de Succot.

II. Musique

Le rôle de la musique dans la tradition juive ne doit pas être sous-estimé. Cependant il s’agit ici plutôt de traditions profanes que religieuses, car la plupart des éléments musicaux sont de nature folklorique (voir p. 118).

Les films comportent néanmoins aussi des éléments de musique religieuse. Les prières, par exemple, sont en général chantonnées avec une mélodie monotone (nign) (voir p. 73 ). La même chose s’applique aux textes sacrés lus à voix haute (voir p. 70). Les films Der Dibuk et Grine Felder contiennent ce genre de séquences.

Seul Der Dibuk comporte une véritable chanson : dans deux séquences on assiste au chant d’un passage du livre biblique « Cantique des Cantiques ». La première fois au début du film : Nissan chante le cantique à la demande du Tzaddik. Les paroles de la chanson correspondent exactement au début du Cantique des Cantiques de Salomon. Nissan chante le texte en hébreu ; il est accompagné par une musique extra-diégétique. La scène dure presque une minute quarante, revêt donc une importance certaine. Le chanteur est relevé dans cette scène par le moyen filmique d’un cadrage prédominant en plans rapprochés (plans 21-33).

Le même cantique est chanté une seconde fois par Chanan accompagné par le « chœur » des étudiants du Talmud dans le Beit-Midrash vers le milieu du film (plan 196 ss). Cette scène qui dure presque deux minutes est soulignée par un plan rapproché de Chanan (plan 198). Léa qui a entendu la musique reprend le début du cantique dans la séquence suivante ce qui permet à Reb Sender de reconnaître la mélodie de son ami Nissan (plan 210)

La chanson de Nissan, qui est la mise en musique du Cantique des Cantiques sert à deux propos dans Der Dibuk : d’un côté, elle a une fin diégétique, car c’est par la musique que la relation entre père et fils est établie. De l’autre côté le caractère religieux ne doit pas être négligé, car le choix des paroles n’est nullement innocent. Elles sont une citation directe de la Bible et représentent ainsi un moment d’identité.

Notes


[1] Bien evidemment il est illusoire de vouloir imposer à l’art cinématographique une séparation artificielle entre l’image et le son. Une telle façon de procéder facilite cependant l’analyse du contenu des films. Nous y avons eu recours. Pour bien marquer qu’il s’agit là essentiellement d’un concept le terme de “niveau” figurera par la suite toujours entre guillements.

[2] Zborowski, Mark, et Herzog, Elisabeth. Life is with people. New York : International University Press, Inc., 1952, 1969, p. 398

[3] Op. cit., p. 183

[4] Op. cit., p. 168

[5] Op. cit., p. 163

[6] Op. cit., p. 172

[7] Op. cit., p. 174

[8] Op. cit., p. 170

[9] Op. cit., p. 174

[10] Op. cit., p. 46

[11] Op. cit., p. 43

[12] Op. cit., p. 46

[13] Millgram, Abraham E. Sabbath – The Day of Delight. Philadelphia : The Jewish Publication Society of America, 1944, 1965, p. 35

[14] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 47. Pour plus de détails voir le chapitre sur le lavage rituel des mains, p. 77

[15] Op. cit., p. 44

[16] Millgram, op. cit., p. 15

[17] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 42

[18] Donin, Rabbi Hayim Halevy. To Be A Jew – A Guide to Jewish Observance in Contemporary Life. New York : Basic Books, Inc. Publishers, 1972, p. 88

[19] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 58; Millgram, op. cit., p. 91

[20] Millgram 1965, op. cit., pp. 175-76

[21] Asheri, Michael. Living Jewish – The Lore and Law of Being a Practicing Jew. New York : Everest House, 1978, p. 104

[22] Millgram 1965, op. cit., p. 91

[23] Millgram, 1965, op. cit., p. 91 ; Donin, op. cit., pp. 87-88

[24] Asheri, op. cit., p. 104

[25] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 58

[26] Asheri, op. cit., p. 104 ; Zborowski/Herzog, op. cit., p. 58; Donin, op. cit., p. 86

[27] Asheri, op. cit., p. 104 ; Zborowski/Herzog, op. cit., p. 58

[28] Asheri, op. cit., p. 104 ; Zborowski/Herzog, op. cit., p. 58

[29] A noter qu’aucun des ouvrages consultés ne mentionne cet allumage des deux bougies à l’occasion de la clôture du Sabbat.

[30] Zborowski/Herzog, op. cit., pp. 58-59

[31] Op. cit., p. 59

[32] Latner, Helen. Your Jewish Wedding – A complete guide to arranging a wedding, large or small, in unique Jewish tradition. Garden City, New York : Doubleday & Company, Inc. , 1985, pp. 22 s

[33] Par exemple Yidishe Glikn ou  Amerikaner Shadchen

[34] Encyclopedia Judaica, op. cit., vol. 11, p. 1035

[35] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 281

[36] Encyclopedia Judaica, op. cit., vol. 2, p. 1037

[37] Op. cit., vol. 11, p. 1042

[38] Zborowski/Herzog, op. cit., pp. 281 s

[39] Op. cit., pp. 1038 s.

[40] Encyclopedia Judaica, op. cit., vol. 2, p. 1037, et Zborowski/Herzog, op. cit., p. 282

[41] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 282

[42] Op. cit., pp. 1042-1043

[43] Donin, op. cit., p. 289

[44] Zborowski, Mark et Herzog, Elisabeth. Das Schtetl – Die untergegangene Welt der europäischen Juden. München : C. H. Beck, 1992, pp. 220 s (d) N. B. : Le travail de recherche pour ce mémoire à été effectué dans des pays différents. Par conséquent, nous avons dû nous référer parfois à deux éditions différentes des mêmes ouvrages. Ceux consultés dans la bibliothèque de la communauté juive à Berlin seront par la suite marqués par un (d) (D = Deutschland, Allemagne).

[45] Genèse 29: 23

[46] Littéralement : “A la vie !”

[47] “Bonne chance !”

[48] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 221 (d)

[49] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 378

[50] Op. cit., p. 193

[51] Op. cit., p. 379

[52] Donin, op. cit., p. 306

[53] Asheri, op. cit., p. 79

[54] Littéralement : être, s’assoir en deuil pendant une semaine

[55] Asheri, op. cit., p. 75

[56] Op. cit., p. 79

[57] Habitude consistant à évoquer le souvenir d’un mort le jour de son décès.

[58] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 71

[59] Telushkin, Rabbi Joseph. Biblical Literacy – The most important People Events, and Ideas of the Hebrew Bible. New York : William Morrow and Company, Inc., 1997, pp. 565-566

[60] Millgram, Abraham E. Jewish Worship. Philadelphia : The Jewish Publication Society of America, 1971, p. 147

[61] Zborowski/Herzog, op. cit., pp. 92 s

[62] Op. cit., p. 276

[63] Assistant dans la synagogue.

[64]p. ex. Riedl, Joachim (dir.). Versunkene Welt. Wien: Jewish Welcome Service, 1984, p. ex. p. 54

[65] Zborowski/Herzog op. cit., p. 96 (d)

[66] Voir p.49

[67] Donin, Rabbiner Chajim Halevy. Jüdisches Leben – Eine Einführung zum jüdischen Wandel in der modernen Welt. Jerusalem : Zionistische Weltorganisation Thora Erziehungs- und Kulturabteilung für die Diaspora, 1972, 1987, p. 204 (d)

[68] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 377 ; Asheri, op. cit., p. 66

[69] Voir p. 85

[70] Deutéronome 6 : 9

[71] Donin, op. cit., pp. 162 s (d)

[72] Asheri, Michael. Living Jewish – The Lore and Law of Being a Practicing Jew. New York : Jewish Chronicle Publications, Everest House, 1978, 1980, p. 130 (d)

[73] Zborowski/Herzog op. cit. p. 47

[74] Asheri, op. cit. p. 180 (d)

[75] Donin, op. cit., p. 52 (d)

[76] Asheri, op. cit., p. 181 (d)

[77] Voir p. 95

[78] Maison d’études, partie de la synagogue.

[79] P. ex. Halevi, Z’ev ben Shimon. Kabbalah – Tradition of Hidden Knowledge. Golborne, Lancashire : Thames and Hudson, 1979, pp. 65, 67, 72 s…

[80] Voir p. 82

[81] Donin, op. cit., p. 203 (d)

[82] Asheri, op. cit., p. 185 (d)

[83] Donin, op. cit., p. 72 ; Asheri, op. cit., p. 100

[84] Millgram 1965, op. cit., p. 15

[85] Donin, op. cit., pp. 165 s. (d)

[86] Donin, op. cit., pp. 155 ss ; Asheri, op. cit., p. 83

[87] Nombres 15:37-41

[88] Asheri, op. cit., p. 125 (d)

[89] Donin, op. cit., p. 154 (d)

[90] Exode 13 : 1-10 et 13 :11-16 ; Deutéromome 6 : 4-9 et 11 : 13-21

[91] Donin, op. cit., pp. 155 s

[92] Asheri, op. cit., p. 190 (d)

[93] Encyclopedia Judaica, op. cit., vol. 10, p. 1079

[94] Donin, op. cit p. 189 s

[95] Asheri, op. cit., p. 161 (d)

[96] Ibidem

[97] Ibidem

[98] Donin, op. cit., pp. 190 s (d)

[99] Ibidem

[100] Asheri, op. cit. p. 161

[101] Plan(s) no. 599 dans Yidl mitn Fidl ; p. ex. 75, 83, 110, 239, 381 dans Tevye der Milkhiker et 138, 140, 254 dans Grine Felder.

[102]L’exactitude de ces citations est très difficile à vérifier, car j’ai dû me baser sur les sous-titres en allemand et anglais que j’ai traduit en français par la suite.

[103] Les citations suivantes suivent la traduction donnée dans : La Sainte Bible, Paris : Société Biblique de France, 1900

[104] Genèse 25 :22, Genèse 12 :1, Exode 20 : 12 (5e Commandement), et Genèse 1 : 27.

[105] Genèse 1 : 27

[106] Der Dibuk : plans 120, 305, 322, 377, 380 ; Yidl mitn Fidl : plan 44 ; Tevye der Milkhiker : plans 66, 123, 207, 281 et 297.

[107] Telushkin, op. cit., p. 254

[108] P. ex. plans 119, 140, 206, 281, 327 et 340.

[109] P. ex. plans 5, 44, 135, 170, et 242.

[110] Plans 230 et 274.

[111] p. ex.: Strassfeld, Michael : The Jewish Holidays – A Guide and Commentary. New York : Harper and Row, Publishers, 1985, p. 135.

[112] P. ex.: Donin, op. cit., p. 77

[113] Voir p. 69

[114] Voir  p. 74

[115] Zborowski/Herzog, op. cit., p. 96 (d) et Asheri, op. cit., pp. 173 s (d)

[116] Zborowski/Herzog, op. cit., pp. 58 s

[117] Millgram 1965, op. cit., p. 91 et Rabbi Donin, op. cit., pp. 87 s

[118] Der Dibuk plans 132, 194, 347 ; Grine Felder plan 77

[119] Der Dibuk plan 194, 347 ; Yidl mitn Fidl plan 338

[120] Grine Felder plan 250

[121] Tevye der Milkhiker plan 206

[122] Tevye der Milkhiker plan 215

[123] Donin, op. cit., pp. 302 et 304

[124] Donin, op. cit., p. 305

[125] Asheri op. cit.., pp. 218 s (d)

[126] Plans 256, 343 et 389.

[127] Entre autres plans 5, 46, 83, 108, 146, 175, 265.

[128] Plans 66, 249 et 257

[129] Plans 116, 141, 187, 221, 252 et 294. Dans le plan no. 102, le prêtre utilise le terme « vous », faisant clairement allusion aux Juifs en général et non à la famille de Tevje en particulier.

[130] Asheri, op. cit., p. 63 (d)

[131] Voici quelques exemples: 103, 129, 131, 184….

[132] Plans 175, 229, 230 et 254